Sécurité & conditions en montagne

Un patou vient vers vous : ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut surtout pas faire

Il aboie, il avance, il fait quarante kilos. Il ne vous attaque pas — il vous évalue. Ce que vous faites dans les dix secondes qui suivent décide de la suite.

Vous montez vers une estive, la pente s’adoucit, et vous entendez les sonnailles avant de voir quoi que ce soit. Puis une masse blanche se détache du troupeau et vient droit sur vous en aboyant.

Le réflexe est de reculer, de lever le bâton, ou de sortir le téléphone pour filmer. Les trois sont mauvais.

Ce que fait le chien, et pourquoi

Un patou — de son vrai nom montagne des Pyrénées — n’est pas un chien de berger. Il ne rassemble pas le troupeau, il ne le conduit pas. Il vit dedans depuis ses huit semaines, et son travail est d’en écarter ce qui n’y appartient pas.

Quand il vient vers vous, il fait exactement ce pour quoi il a été élevé : il se place entre vous et ses brebis, et il vous identifie. L’aboiement n’est pas une menace, c’est une annonce — pour vous, et pour le reste du troupeau qui s’éloigne pendant ce temps. La plupart des chiens s’arrêtent à quelques mètres, tournent autour, reniflent, puis se désintéressent.

Ce moment dure entre dix secondes et une minute. Presque tout ce qui tourne mal se joue là.

Les cinq secondes qui comptent

Arrêtez-vous. C’est contre-intuitif et c’est pourtant le geste central. Un randonneur qui s’arrête cesse d’être un mouvement à intercepter. Le chien vous rejoint, vous évalue, et le calme revient. Un randonneur qui continue d’avancer vers le troupeau reste, pour lui, une menace en approche.

Ne courez jamais. Courir déclenche la poursuite chez n’importe quel chien, et vous ne courez pas plus vite qu’un patou.

Baissez les bâtons. Un bâton tenu en l’air est un bras levé. Descendez-les le long du corps, pointes vers le sol. Ne les agitez pas, ne les brandissez pas — même si le chien est tout près.

Taisez-vous. Pas de cri, pas de « couché », pas de voix forte. Vous n’êtes pas son maître et il ne vous doit rien. Parler calmement, à voix basse, ou ne rien dire du tout.

Ne le caressez pas. Il n’est pas là pour ça, et lui tendre la main au-dessus de la tête est perçu comme une prise. Laissez-le venir, laissez-le sentir, ne le touchez pas.

Quand il se détend — il s’arrête d’aboyer, il tourne, il regarde ailleurs — contournez le troupeau largement, sans lui tourner le dos brusquement. Cinquante mètres valent mieux que dix. Si le terrain le permet, passez par le bas : un troupeau est plus serein quand la menace supposée reste en contrebas.

Les situations qui posent vraiment problème

Vous randonnez avec votre chien. C’est de loin le cas le plus délicat, et il est responsable de la majorité des incidents sérieux. Pour un patou, votre chien n’est pas un compagnon en laisse : c’est un canidé près de ses brebis. Tenez-le court, ramenez-le derrière vous, et contournez encore plus large. Si vous voyez le troupeau de loin, changez d’itinéraire avant même d’approcher — c’est plus sage que de gérer la rencontre.

Et sur les topos de Mapirando, la mention « chiens autorisés » ne dit rien de la présence d’un troupeau ce jour-là. Une estive se déplace.

Vous êtes à vélo ou en trail. La vitesse est le déclencheur. Descendez du vélo, passez au pas, franchissez la zone en marchant. Reprenez après.

Vous voulez photographier. Un téléphone tendu vers un chien qui approche est un objet inconnu qui se dirige vers lui. Rangez-le. La photo de patou qui circule sur les réseaux a presque toujours été prise après, à distance.

Il y a un drone. Ne le faites pas voler au-dessus d’un troupeau. Le bruit affole les brebis, et un troupeau qui se disperse rend tous les chiens nerveux pour le reste de la journée.

Si ça tourne mal quand même

Un chien qui reste collé, qui gronde sans se détendre, qui vous empêche d’avancer : reculez lentement en restant de face, sans courir, jusqu’à sortir de la zone qu’il protège. Il s’arrêtera à une limite invisible mais très réelle pour lui — celle de son troupeau.

En cas de morsure, prévenez le berger si vous le trouvez, et faites constater. Ce n’est pas une démarche contre lui : les éleveurs ont besoin de ces signalements, et un chien qui mord réellement pose un problème qu’ils sont les premiers à vouloir traiter.

Ce que ça dit du terrain que vous traversez

Ces chiens ne sont pas un caprice d’éleveur. Ils sont revenus dans les Pyrénées parce que la prédation est revenue, et un troupeau sans protection en estive n’est plus tenable. Les mêmes causes ont ramené les patous dans les Alpes, les Vosges, le Massif central.

On peut trouver la cohabitation inconfortable — elle l’est. Mais elle est la condition pour que des brebis continuent de monter l’été, et donc pour que ces pelouses d’altitude restent ouvertes plutôt que de se refermer en landes. Les sentiers que vous suivez existent en partie grâce à ces bêtes.

La bonne nouvelle, c’est que la rencontre se passe bien dans l’immense majorité des cas, et qu’elle tient à peu de chose : s’arrêter, baisser les bras, se taire, contourner large.


Les consignes ci-dessus sont celles diffusées par les parcs nationaux et les organisations pastorales. Si vous randonnez régulièrement en estive, la lecture des affichages en début de sentier vaut toujours le détour : ils indiquent la présence effective des troupeaux, qui change d’une semaine à l’autre.

Photo de couverture : Jérôme Bon, sous licence CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

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