« 3 h » sur le panneau : pourquoi ce ne sera jamais votre 3 h
Tous les randonneurs ont vécu ça : un temps affiché qu’on n’arrive jamais à tenir, ou qu’on pulvérise sans effort. Dans les deux cas on en tire une conclusion sur soi — « je suis lent », « je suis en forme » — alors que le chiffre ne dit rien de tel.
Il vaut la peine de comprendre d’où il sort.
Ce que mesure vraiment un panneau
Le temps affiché sur un panneau directionnel correspond, dans l’immense majorité des cas, à la montée seule, d’un marcheur moyen, sans pause.
Trois précisions qui changent tout :
Sans pause. Ni photo, ni casse-croûte, ni carte, ni lacet à refaire. Une sortie normale comporte vingt à trente pour cent de temps arrêté.
Marcheur moyen. C’est-à-dire quelqu’un en bonne forme, avec un sac léger, sur un terrain qu’il connaît.
Montée seule. Le panneau du bas indique la montée ; celui du haut, la descente. Le temps aller-retour n’est presque jamais affiché.
Autrement dit, « 3 h » est un temps de référence technique, pas une prévision personnelle.
La formule qui sert de base
Presque tous les calculs de durée en randonnée descendent de la même règle, formulée par un alpiniste écossais à la fin du XIXᵉ siècle : compter une heure pour quatre kilomètres à plat, et ajouter une heure pour six cents mètres de dénivelé positif.
C’est remarquablement robuste pour un sentier régulier. Sur un itinéraire de dix kilomètres et huit cents mètres de montée, elle donne deux heures trente plus une heure vingt, soit près de quatre heures. C’est l’ordre de grandeur juste.
Elle a aussi des angles morts sérieux.
Ce que la formule ne voit pas
Le terrain. Un kilomètre de pierrier instable ou de racines n’a rien à voir avec un kilomètre de chemin forestier. La formule ne connaît que la distance et le dénivelé.
La descente. Elle est comptée comme du plat. Or une descente raide et longue fatigue plus qu’elle ne fait gagner du temps, et c’est là que la plupart des accidents se produisent, en fin de journée sur des jambes usées.
L’altitude. Au-dessus de deux mille cinq cents mètres, le rythme baisse sans qu’on s’en rende compte.
Le groupe. Un groupe avance à la vitesse de son membre le plus lent, moins le temps de regroupement. À six personnes, comptez large.
Vous. Votre condition du jour, votre sac, la chaleur, votre sommeil de la nuit.
Calibrer votre propre coefficient
C’est le seul moyen fiable, et il est simple.
Sur trois ou quatre sorties dont vous connaissez la distance et le dénivelé, notez votre temps réel, pauses comprises. Comparez-le au temps théorique de la formule. Vous obtiendrez un rapport — 0,8 si vous allez plus vite, 1,3 si vous allez plus lentement.
Ce coefficient est étonnamment stable d’une sortie à l’autre. Une fois que vous le connaissez, n’importe quel temps annoncé devient exploitable : vous le multipliez, et vous savez à quelle heure vous serez en haut.
C’est aussi ce qui permet de décider sérieusement, la veille, si une sortie tient dans la journée qu’on a devant soi.
Le vrai usage du temps estimé
Un temps de marche ne sert pas à se juger. Il sert à répondre à trois questions :
À quelle heure faut-il partir pour être redescendu des crêtes avant l’orage d’après-midi ? Reste-t-il assez de jour après le sommet ? Et si tout prend une heure de plus que prévu, est-ce que ça passe quand même ?
Un itinéraire bien préparé est un itinéraire où la réponse à la troisième question est oui.
Mapirando ne se contente pas d’afficher une durée totale : chaque topo indique séparément le temps de montée et celui de descente, calculés à partir du dénivelé réel dans chaque sens. C’est cette répartition — jamais cinquante-cinquante — qui permet de savoir à quelle heure vous serez au point haut, pas seulement quand vous rentrerez.
Réactions & Commentaires
Soyez le premier à réagir à cet article !
