L’eau sur le parcours : où boire, où s’abstenir, combien emporter
La question revient à chaque sortie longue : faut-il monter trois litres, ou boire en chemin ? Porter de l’eau coûte cher en effort — un litre, c’est un kilo. Boire n’importe où coûte parfois une semaine.
Il existe une règle simple qui tranche la plupart des cas.
La seule question qui compte : qu’y a-t-il en amont ?
L’eau de montagne n’est pas dangereuse par nature. Elle le devient par ce qu’elle traverse.
Le risque principal en Pyrénées, comme dans les Alpes, c’est la giardiase — un parasite transporté par les déjections animales, essentiellement celles du bétail. Les symptômes n’apparaissent qu’une à deux semaines après, ce qui fait qu’on ne relie presque jamais la diarrhée tenace au ruisseau de la sortie précédente.
D’où la règle : au-dessus des estives, le risque est faible ; en dessous, il est réel.
Concrètement, avant de boire, regardez vers le haut. Si vous voyez — ou si la carte montre — des pâturages, une cabane de berger, un troupeau, une piste pastorale, alors l’eau a traversé tout ça.
Les situations classées
Une source qui sort de la roche, au-dessus de toute zone pâturée : c’est ce qu’il y a de plus sûr. L’eau n’a pas encore ruisselé.
Un torrent en haute vallée, alimenté par un névé ou un glacier, sans estive en amont : très bon.
Un ruisseau qui traverse une estive : à éviter, ou à traiter. C’est le cas le plus fréquent et le plus trompeur, parce que l’eau y est souvent magnifique.
Un lac d’altitude : eau stagnante, réchauffée en été, souvent fréquentée par le bétail sur ses rives. À traiter.
Une eau qui sort d’un tuyau à côté d’une cabane : elle est presque toujours captée en amont, mais sans garantie. Demandez au berger s’il est là — c’est lui qui sait.
Un abreuvoir : non.
Traiter, et comment
Trois méthodes, avec leurs limites.
Le filtre à main ou à gravité retient les parasites comme la giardia et les bactéries. Il ne retient pas les virus, ce qui n’est pas un problème en montagne européenne. C’est la solution la plus pratique et la plus rapide.
Les pastilles stérilisent efficacement mais demandent trente minutes d’attente, parfois deux heures en eau froide — un détail qu’on oublie, et l’eau froide est précisément ce qu’on trouve en altitude. Elles donnent un goût.
L’ébullition est infaillible. Il faut du combustible et du temps.
Ce qui ne traite rien : laisser reposer, passer dans un tissu, ajouter du sirop.
Combien emporter
Pour une sortie de journée en montagne, tablez sur un demi-litre par heure de marche, à ajuster : par forte chaleur ou en montée soutenue, ça monte à trois quarts de litre.
Une randonnée de six heures, c’est donc trois litres si vous ne comptez sur aucun point d’eau. C’est lourd. D’où l’intérêt de savoir à l’avance où vous pourrez remplir : deux litres au départ plus un remplissage à mi-parcours pèsent beaucoup moins qu’un départ à trois.
Et la règle qui vaut pour tout le monde : buvez avant d’avoir soif. La sensation de soif arrive quand la déshydratation est déjà installée, et c’est elle qui fait chuter la vigilance en fin de journée — au moment de la descente, quand on en a le plus besoin.
Le signe à surveiller
Ni la fatigue ni la soif ne sont des indicateurs fiables. Le plus lisible, c’est la couleur des urines : claires, tout va bien ; foncées, vous avez déjà du retard.
C’est trivial et c’est pourtant le seul repère objectif dont vous disposez sur le terrain.
Les topos de Mapirando mentionnent les points d’eau connus quand l’information est disponible. Elle vaut ce que vaut une information de terrain : une source peut tarir en fin d’été, et un troupeau peut s’installer en amont d’un ruisseau qui était sûr l’an dernier. Regardez toujours vers le haut avant de remplir.
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